Détente et relaxation
Article sur la relaxation en psychomotricité, les techniques et leur place dans la thérapie — publié dans Médecine et Hygiène, 1994.
Si la thérapie psychomotrice se définit essentiellement comme étant une thérapeutique à médiation corporelle, nous comprenons combien la relaxation en est une technique nécessaire et privilégiée. Qu’elle fasse l’objet de la durée totale de la séance ou simplement de moments ponctuels. Chez l’enfant comme chez l’adulte, la relaxation apparaît comme une voie précieuse dans de nombreux cas de notre pratique quotidienne. Elle permet une démarche de prise de conscience du corps par l’alternance de l’activité et de la passivité, de même que la découverte des résistances à un mieux-être. Il ne s’agit pas d’une psychothérapie, mais de permettre de mieux se connaître en se situant mieux dans son corps, dans ses rapports avec ce qui est dedans et ce qui est dehors. L’ « action » ne se heurtant pas à la résistance des objets ou à celle du corps agissant, la relaxation ouvre la voie à la fantasmatisation, à la représentation mentale, à l’anticipation motrice et par là à l’imaginaire.
Dans les thérapies par la relaxation — comme dans les traitements psychomoteurs — on ne met pas l’accent sur le symptôme, mais, comme le dit J. de Ajuriaguerra, « sur le fond tonique qui a permis son apparition ». C’est-à-dire que l’on déplace l’intérêt sur le corps et sur son fonctionnement. Il ne s’agit pas de vouloir supprimer le symptôme : ce qui supposerait qu’il n’a pas de sens…. Mais de déplacer l’intérêt sur l’ensemble de la personne pour le restituer dans une dynamique évolutive.
Le thérapeute en psychomotricité sera amené à utiliser des techniques de relaxation variées ; différents moyens de détente active ou passive ; tels supports : sensoriels (sonores, tactiles…) imaginaires (rêves, images…) rythmiques (respiration..) etc. Il travaillera en individuel ou en groupe, avec des enfants ou des adultes. La relaxation peut ainsi faire l’objet d’un traitement tout entier, de périodes de la thérapie voire de moments de la séance de psychomotricité.
Il existe diverses méthodes ou techniques. La plupart permettent un véritable repérage topographique de la manière dont s’établissent les rapports spatiaux entre les différents segments du corps et entre le corps et l’espace ; espace de relation et espace de rêverie.
Concepts fondamentaux
Les concepts suivants fondent en général tous les traitements :
La concentration passive, qui s’oppose radicalement au fait de ne penser à rien, mais amène à contacter son monde intérieur, ses sensations, ses pensées.
La suggestion ou induction servant à indiquer au patient comment faire les premiers pas. Mais très vite celui-ci vit sa propre expérience.
L’abandon des contrôles. Il ne s’agit pas de se « ramollir » et de perdre toutes ses défenses, mais, peu à peu, d’éprouver son corps autrement que dans l’activité ou les tensions.
La plongée introversive. C’est-à-dire un changement de l’état de conscience.
La rénovation coenesthésique : un bien-être va s’installer qui va réconcilier le sujet avec son corps et permettre une revalorisation narcissique.
La relation patient-thérapeute. De prime abord le patient est plongé dans une position régressive et dépendante ; mais très rapidement l’autonomie est laissée au sujet et une relation transférentielle s’installe.
Certaines techniques sont parfois proches d’une gymnastique douce. La voix du thérapeute, ainsi que son regard, ses indications, fonctionnent comme un soutien de l’attention, un garant du cadre et un Moi auxiliaire permettant cette « plongée introversive » sans risquer de se laisser envahir par des fantasmes angoissants que celle-ci peut susciter.
Techniques rigoureusement construites en ce qui concerne le développement et la progression dans la découverte du corps. Elles associent parfois mouvement doux, élongations, torsions, alternant tensions et relâchements. Moyens précisément conçus pour amener la découverte et la perception de l’axe et des deux côtés, ainsi que de l’incidence de la respiration, du mouvement sur la perception minutieuse de tout le corps ; utilisant les contrastes, les différents états des segments ou de la totalité du corps, avant, pendant et après le travail. L’approche du corps peut être variable : d’abord par segments – avec le risque inhérent au morcellement – ou d’abord par globalisation, mais le but final en est toujours la construction d’un corps global et unifié, conscient dans sa posture et vivant dans ses rapports au monde.
Dans ces techniques-là, le transfert – lorsqu’il n’est pas nié – n’est pas pris en compte. Ceci étant en général un parti-pris théorique.
Il existe d’autres démarches, plus souples, moins directives, dont le cheminement précédant la globalisation (perception et concentration sur le corps tout entier) est néanmoins très précis. En particulier pour accompagner le patient dans la découverte de son corps au repos, découverte également des affects qui y sont liés, des souvenirs qui y sont inscrits, des fantasmes et images qui en surgissent, afin de les « apprivoiser » et d’en faire des éléments de connaissance de soi.
Si libérer les tensions chez quelqu’un c’est souvent rétablir un meilleur fonctionnement de son organisme, c’est aussi pénétrer les structures de défense et libérer les sentiments bloqués et les représentations refoulées. L’issue d’un traitement va donc dépendre de la dialectique pouvant s’établir entre relaxateur et relaxé, ce « dialogue tonique » qui en constitue le transfert.
Le thérapeute en psychomotricité devra choisir parmi ces techniques, selon sa formation, selon les patients, selon les groupes ou les moments, celle qui sera la plus adéquate et en faire un instrument de travail à son service sans jamais en rester prisonnier.
Ainsi, avec un enfant agité et instable, il ne sera pas possible – ni même souhaitable – d’exiger l’immobilité ; mais l’important est d’amener cet enfant à l’écoute de son corps et de ses besoins : le confort de l’arrêt après l’effort, la réponse possible aux différents phénomènes physiologiques et coenesthésiques liés à la fatigue, aux émotions, aux mouvements. Ecoute et réponse qui dans certains cas peuvent être vitales (le diabétique). C’est une découverte qui, passé le moment d’angoisse ou de négation, permet à l’enfant – même très jeune selon ma pratique – d’investir son corps comme un sujet vivant et non pas comme un robot d’acier…
De même, avec un adulte hypertendu dont le bénéfice secondaire lié à un comportement très actif est important, l’immobilité totale ne peut être amenée ainsi de but en blanc au risque de déclencher trop d’angoisse, de fantasmes de mort et de faire perdre dès le départ le chemin de la recherche du plaisir de fonctionner et d’envisager autrement son corps.
Dans tous les cas, les thérapies par la relaxation, de même que les moments de détente passive dans une séance de psychomotricité, sont à mener avec une grande prudence et une importante connaissance de la pathologie et des possibilités du patient : la recherche d’un mieux-être se situant au plus profond de sa sphère intime. Ces thérapies requièrent pour le thérapeute une bonne dose d’humilité et une perception fine de ses propres limites…
Texte publié dans « La Psychomotricité — reflets des pratiques actuelles » par l’Association Suisse des Thérapeutes en Psychomotricité — Georg / Médecine et Hygiène, Genève, 1994 — pages 93 à 96.